Alexander McQueen : 10 ans après

(Re)Découvrez les défilés les plus marquants de sa carrière pour un portrait unique qui fait ressortir toute la singularité d’un créateur hors normes. 

Le 11 Février 2010 s’éteignait, à seulement 40 ans, l’enfant terrible de la mode, laissant l’univers de la mode sous le choc. C’est donc 10 ans plus tard que je me replonge dans ses plus grands défilés pour dresser le portrait de celui qui reste, à mes yeux, l’un des créateurs les plus talentueux du XXIe siècle. 

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Alexander McQueen, de son vrai nom Lee Alexander McQueen, est né en 1969 à Londres. Il s’est construit à partir de rien et c’est l’audace qui a fait de lui ce qu’il était. Originaire d’une famille modeste, rien ne le prédestine à un tel succès : engagé par les plus grands et diplômé d’une prestigieuse école grâce à son culot, il finance, pendant longtemps, ses créations grâce à ses allocations chômage.

Jack The Ripper Stalks His Victims (Juillet 1992) 

Diplômé de la très célèbre école de mode Londonienne « Central St Martin » en 1992, c’est lors de son défilé de fin d’étude qu’il se fait remarquer pour la première fois.  Le thème de ce défilé : Jack l’Éventreur. Cette collection le fait connaître et montre déjà sa capacité à adapter des éléments du passé à un public moderne. 

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The Highland Rape (Automne-Hiver 1995 – 1996) 

Ce défilé fait partie des plus commentés de l’histoire. En réalisant cette collection sous le thème du viol, Alexander McQueen s’attend à choquer et cela fonctionne. Au-delà du buzz, c’est un sujet personnel qu’il aborde au travers de ses créations : ses origines. McQueen découvre, en effet, ses origines écossaises peu de temps auparavant. Cela est donc un moyen pour lui de montrer les persécutions subies par ses ancêtres highlanders tout en s’opposant ouvertement à Vivienne Westwood qui avait fait du tartan quelque chose de beau et romantique (ce qui n’était pas le cas dans l’Ecosse du XVIIIe siècle).

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Premier défilé chez Givenchy (Printemps-Été 1997) 

Le monde de la mode est en pleine effervescence quand McQueen est choisi pour reprendre Givenchy, une des plus grandes maisons de couture françaises. Ce contrat change radicalement la vie du créateur qui est enfin en mesure de financer sa propre marque et de se positionner comme un créateur de rang international. Pour cette première collection, il s’inspire de la mythologie grecque et plus particulièrement du mythe de Jason et les Argonautes : cornes de bélier, feuilles de chênes brodés, corset, longs manteaux…la collection est la démonstration d’un savoir-faire unique. 

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Pour autant, cette nomination chez Givenchy apparaît en demi-teinte. Le pari semble gagnant pour LVMH qui veut alors insuffler un air contemporain sur une marque en déclin, mais il n’en est pas autant pour McQueen. Le créateur ne sent pas à sa place, travaille pour une maison dont le style n’est pas le sien et enchaîne jusqu’à 10 collections par an entre Londres et Paris. Avec cette nomination vient aussi la richesse et la célébrité, ce qui ne fait que le rendre plus malheureux. Il devient parano, violent et très accro à la drogue, ce qui n’améliore en rien sa santé mentale déjà instable.

Numéro 13 (Printemps-Été 1999) 

Cette collection, la treizième de sa carrière, est reconnue comme l’une des meilleures qu’il n’ait jamais faite. Elle tourne exclusivement autour des technologies innovantes et allie parfaitement avant-garde et féminité. McQueen questionne aussi la notion de corps parfait et a pour l’occasion invité des femmes handicapées à défiler (notamment Aimee Mullins, une sportive paralympique). 

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Chacun de ses défilés a pour objectif de représenter des femmes fortes et puissantes, ce qui montre un désir de protéger les femmes (et en particulier sa sœur qui avait été battue par son mari pendant très longtemps). McQueen porte une grande souffrance qu’il transmet dans son art. 

“Je veux extirper ses horreurs de mon âme et les exposer dans mes défilés.”
VOSS (Printemps-Eté 2001) 

Personne n’arrive à la cheville d’Alexander McQueen quand il est question de créer une atmosphère unique lors de ses défilés et cette collection en est le parfait exemple : elle reste mémorable encore aujourd’hui. En attendant le début du défilé, le public fait face à une grande chambre en verre qui renvoie à chaque spectateur son propre reflet. Au début du défilé, la lumière laisse apparaître le décor d’une chambre psychiatrique et les mannequins défilent, mimant la folie, sans pouvoir voir le public. Le show se termine sur une œuvre inspirée de l’artiste Joel-Peter Witkin, où la chroniqueuse Michelle Oley est masquée et allongée nue sur une chaise longue avec un tube respiratoire dans la bouche et des papillons autour d’elle. Le clou du spectacle : les vitres se brisent pour laisser s’échapper les centaines de papillons. 

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La Dame Bleue
(Printemps-Été 2008)
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Ce défilé est entièrement dédié à Isabella Blow, son mentor, qui s’est suicidée 5 mois auparavant. Isabella est la première à remarquer Lee lors de son tout premier défilé et c’est elle qui l’a emmené au sommet. Sa mort est marquante pour le créateur qui ne parvient pas à s’en remettre totalement. Il met néanmoins de côté ses démons pour rendre hommage à la rédactrice du Vogue anglais au travers de son travail avec des tenues excentriques et théâtrales. 

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Plato’s Atlantis (Printemps-Été 2010) 

Cette collection est reconnue comme la meilleure de la carrière de McQueen. C’est alors une collection révolutionnaire qui décrie un monde futur, un monde dans lequel l’homme doit vivre sous l’eau pour survivre. Les vêtements sont inspirés de la mer avec des formes reptiliennes, des images déformées de méduses, des écailles de poisson. Cette collection hors du commun confirme l’apport incroyable de McQueen en tant que créateur, il a réussi à emmener la mode là où elle n’est jamais allée.

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C’est la dernière collection que McQueen présente de son vivant. Le créateur, qui a d’abord voulu se suicider à la fin de ce défilé, mis fin à ses jours le 11 Février 2010, dévasté par la mort de sa mère quelques jours auparavant.

"J’ai déjà fini ma dernière collection. Elle est déjà prête là, dans ma tête. Et pour cette dernière collection, je vais me tuer. Je vais en finir avec tout ça."

Angels and Demons (Automne-Hiver 2010-2011) 

Ce défilé est présenté seulement 1 mois après la mort de McQueen, avec 16 pièces que le créateur a réalisé lui-même avant de nous quitter. Il a puisé son inspiration dans les peintures de la Renaissance italienne et l’art byzantin, illustrant parfaitement la manière dont il s’inspire de tout ce qui l’entoure.

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Lee Alexander McQueen est un créateur dont le potentiel dépasse la plupart des autres designers de sa génération. Durant les dernières années de sa vie, ses périodes de fluctuations, entre sommets créatifs et dépression, sont de plus en plus violentes, et il ne parvient pas à dépasser ses démons intérieurs (traumatisme d’enfance après un viol, addiction à la cocaïne, mort de sa mère…) Le génie de McQueen passe par les histoires autobiographiques qu’il raconte dans ses défilés, ce qui lui sert de thérapie. Il veut provoquer des émotions (du dégoût ou de l’admiration) et c’est ce qui fait sa force. 

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Sarah Burton, le bras droit de McQueen pendant 16 ans, est à la tête de la marque depuis Mai 2010. La marque s’est depuis adoucie pour laisser place à des collections plus sages et réfléchies. 

Pour en apprendre plus sur Lee :
 

  • McQueen : documentaire sorti en 2018. Retrace sa vie avec des images inédites et des interviews des membres de sa famille, de ses amis et collaborateurs. 

  • Alexander McQueen : Blood Beneath the Skin d’Andrew WILSON : sa biographie la plus complète. Andrew Wilson a recueilli les témoignages des personnes les plus proches du créateur. 

  • Alexander McQueen de Judith WATT : Ce livre reprend chaque défilé du créateur. 

  • Alexander McQueen de Claire WILCOX :  livre de l’exceptionnelle exposition « Savage Beauty » 

Louise MORIN